DOSSIER: Luc Poirier : Toujours plus haut, toujours plus loin…
Quel lien y a-t-il entre les cartes de hockey, les vêtements griffés, l’informatique, l’immobilier,
la restauration, les belles voitures, la téléréalité et l’alpinisme ? Il s'agit du parcours fascinant de Luc Poirier. Portrait d'un entrepreneur atypique, créatif et volontaire, qui a su respecter l’objectif qu'il s'était jadis
donné : aller toujours plus haut, toujours plus loin...
par François Hurtubise
Il a commencé à 14 ans avec moins de 100 $. À cet âge, les garçons aiment jouer au hockey; Luc Poirier, lui, aimait faire du commerce. Il achète des cartes de sport et les revend. Il a vite compris que le prix de vente d’une carte de recrue Wayne Gretsky, achetée pour quelques sous, peut aller jusqu'à 500 $ ! Issu d'une famille modeste, Luc parcourt les centres de collectionneurs itinérants en compagnie de sa mère durant les fins de semaine pour vendre et acheter des cartes.
Vers 16 ans, il réinvestit ses profits dans l'achat de casquettes et de T-shirts de style « Hip-Hop » directement importés de New York. Précurseur de la tendance vestimentaire qui se dessine à l'aube des années 90, Luc Poirier distribue sa marchandise à des commerçants de la région de Montréal. L'année suivante, beaucoup de distributeurs de vêtements se mettent à suivre la tendance...
Carburer aux défis
À 18 ans, notre jeune entrepreneur décide d'ouvrir un commerce spécialisé en informatique. Le contexte est favorable, mais d'autres boutiques du même genre existent déjà. Après avoir effectué une analyse du marché, Luc Poirier remarque une déficience générale en matière de service à la clientèle. Le voilà qui a trouvé son cheval de bataille ! Services Info, comme son nom l'indique, misera sur un service hors pair et sur la satisfaction des clients. Il décide de profiter du plan Paillé, mis en place par le gouvernement du Québec quelques années plus tôt pour aider les jeunes entrepreneurs à démarrer leur entreprise, et obtient un prêt de 45 000 $.
Les prévisions budgétaires de la première année annoncent des ventes de 800 000 $. Ses banquiers sont sceptiques : « C'est irréaliste ! » lui disent-ils. C'est mal connaître Luc Poirier, qui carbure aux défis. Non seulement va-t-il doubler ces prévisions de vente (pour atteindre 1,5 million de dollars !) mais il sera le premier Québécois à rembourser son emprunt au gouvernement sur les quelque 30 000 prêts que ce dernier a octroyés ! Les mois passent et les ventes sont à ce point excellentes que 19 employés s'activent bientôt dans les locaux de 900 pieds carrés du commerce, situé sur le chemin Chambly, à Longueuil. Avec cette équipe dynamique, Services Info fera tourner jusqu'à 82 fois son inventaire annuellement !
Tout va pour le mieux jusqu'à ce que le propriétaire de l'édifice où loge l'entreprise fasse faillite. Luc Poirier s'inquiète : un homme d'affaires se montre intéressé à acheter l'immeuble. S'il réussit, il y a danger que l'individu chasse Services Info de son local pour y ouvrir un commerce similaire. Pour protéger son entreprise, Luc Poirier décide alors d'acheter l'édifice. Ce sera là le début d'une nouvelle aventure.
La fièvre immobilière
En acquérant un premier bâtiment, Luc Poirier découvre les rouages de l'immobilier. Tant et si bien qu'il décide d'acheter également deux autres immeubles sur la même rue. Et bientôt, à l'âge de 22 ans, il se retrouve à la tête d'un parc immobilier de 155 portes et de deux petits centres commerciaux, qu'il conservera durant quatre ans.
Lassé des problèmes inhérents à ce type d'activité, Luc Poirier vend son parc immobilier et réinvestit les profits dans l'achat de terrains. Il veut dorénavant développer des projets domiciliaires suivant sa recette d'affaires : proposer quelque chose de différent, qui vise l'excellence et l'innovation. Sinon, ça ne vaut pas la peine !
Sous sa direction, des projets immobiliers d'envergure voient le jour : Saint-Bruno-sur-le-Lac, un projet de condominiums situé sur les berges de l'ancienne carrière Goyer, à Saint-Bruno-de-Montarville ; Saint-Lambert sur le Golf, un projet de condominiums exceptionnel qui a remporté le prix Gala Habitation 2010, et Éco-Habitat sur Saint-Laurent, le désormais célèbre projet immobilier de l'île Charron, qui n'a pu voir le jour à la suite des pressions sociales et politiques. D'ailleurs, le litige qui opposait le promoteur au gouvernement du Québec vient tout juste d'être réglé, Luc Poirier acceptant de vendre le terrain bien en deçà de sa valeur réelle et de tourner la page pour consacrer ses efforts à de nouveaux projets.
Que ce soit à Saint-Bruno, à Saint-Lambert, sur l'île Charron ou encore à Candiac/Delson, où s’élève le projet Les Condos Oasis, qui comporte plusieurs immeubles (dont un de 12 étages qui sera le plus haut édifice de la région) et propose pas moins de 250 unités de condominiums sur une magnifique presqu'île, tous les projets immobiliers de Luc Poirier ont en commun un souci d'innovation et d'excellence. Pour ce faire, l’entrepreneur n'hésite pas à remettre en question les matériaux de construction utilisés ou les méthodes de travail. S'inspirant des critères LEED, tous ses projets traduisent l'engagement écologique du promoteur et son souci de préserver la nature de l'impact de la construction pour permettre aux acheteurs de vivre en harmonie avec leur environnement.
Des projets innovateurs pour Montréal
Actuellement, à Griffintown, au coin des rues Peel et Wellington, la construction du projet Griffix, un immeuble qui compte 20 étages et 192 unités de condos, va bon train. Un design contemporain, une architecture moderne aux lignes épurées, une finition soignée, des prix ultra-compétitifs, le tout à deux pas du centre-ville et du Vieux-Montréal, tels sont les principaux arguments qui ont permis à Luc Poirier de vendre 162 unités en moins de trois semaines !
Optimiste de nature et assuré d’avoir bien fait ses devoirs, Luc Poirier croit que l’engouement des Montréalais pour ses projets immobiliers devrait se répéter lors de la mise en vente des quelque 500 unités de condominiums qu'il compte ériger au centre-ville de Montréal, sur le boulevard René-Lévesque, près du Centre Bell. Ce sera la première fois au Québec qu'un aussi grand nombre d'unités seront construites en une seule phase. Période de vente prévue : trois mois. Mais, en réalité, Luc Poirier croit pouvoir tout vendre en un mois seulement avec un argument de poids : le prix. Grâce à de nouvelles méthodes de construction, notamment, ainsi qu’à des économies réalisées sur les frais de publicité et la vitesse d'opération des ventes et de la construction, les condominiums se vendront environ la moitié du prix de ce que proposent les compétiteurs !
D'autres projets immobiliers, notamment à Laval, Brossard, Varennes, Boisbriand, Mirabel, Saint-Jérôme et Trois-Rivières, sont également en marche ou s’apprêtent à prendre vie sur la table à dessin. Mais toute la vie de Luc Poirier ne tourne pas autour de l’immobilier. Par le truchement de son holding Investissement Luc Poirier, l’homme cherche constamment de nouveaux défis à relever.
De nouveaux terrains de jeu...
Mélangez curiosité, goût du défi et du risque calculé, travail acharné et entrepreneuriat, vous obtenez le cocktail explosif auquel s'abreuve Luc Poirier. Pendant toutes ces années passées à vivre l'effervescence immobilière, notre homme a exploré d'autres horizons avec la même soif d'excellence et la même passion d'innover.
Concepteur prolifique et investisseur averti, Luc Poirier laisse son empreinte dans des domaines très diversifiés. Voyez plutôt : il a fondé le restaurant William, rue Saint-Charles, à Longueuil. Il s'agit d'un steak house moderne, doublé d'un bar sportif où l'ambiance décontractée et chaleureuse attire les gens branchés. Même s'il ne connaissait rien à la restauration, Luc Poirier n’a pas hésité à appliquer sa recette d'affaires et, encore une fois, a connu un grand succès. Il a depuis vendu ses parts.
Amateur de belles voitures, il a démarré à Laval le Club Automobile RPM et investi aux États-Unis dans San Diego Prestige, deux entreprises qui mettent des voitures de luxe à la portée de gens passionnés qui rêvent de les conduire. Il s'agit du premier concept du genre au Québec.
Il est également l'inventeur du « spa-sur-l'eau ». Nommé Bota Bota, ce spa est aménagé sur un traversier à cinq ponts qui assurait la navette entre Sorel et Berthier dans les années 50 et 60. Ne possédant aucune connaissance en ingénierie ni dans le domaine de la construction navale, Luc Poirier et son partenaire, un propriétaire de spa classique, ont fait appel à des ingénieurs spécialisés pour transformer le Bota Bota selon leurs spécifications, et ont mis au monde un projet de spa où les soins prodigués « s'allient avec le mouvement naturel berçant du fleuve Saint-Laurent ». Le projet a été acclamé dans le monde entier, notamment dans le New York Times et le Wall Street Journal, comme étant le premier spa flottant au monde. Luc Poirier a encore vu juste : amarré aux Quais du Vieux-Port de Montréal, le Bota Bota remporte, là aussi, un grand succès.
En tant que constructeur immobilier, Luc Poirier a aussi relevé quelques éléments qui l’ont laissé insatisfait, notamment les appareils de climatisation. Encombrants, bruyants et disgracieux, ceux-ci avaient besoin d'être revus et corrigés. Aucun défi ne le rebutant, notre homme a tout simplement décidé de réinventer ces appareils. Avec le concours d’un ingénieur spécialisé, il a mis au point un dispositif compact, économique, silencieux et efficace, qui fait à la fois office de chauffage, d'échangeur d'air, de climatiseur, d'humidificateur et de déshumidificateur. C’est dans la foulée de cette brillante invention que l’entreprise Technoclim a vu le jour à Saint-Hubert et qu’elle propose maintenant aux constructeurs et rénovateurs des appareils révolutionnaires fabriqués au Québec.
L'incursion de Luc Poirier dans le monde manufacturier n'est sûrement qu'un début, car il s'amuse beaucoup à concevoir ou réinventer les objets et appareils qui nous entourent au quotidien. Déjà, il planche sur une prise électrique sécurisée afin d'éviter que surviennent des accidents lorsque des enfants jouent à proximité. En instance de brevet, cette prise électrique risque de faire révolution et de connaître un grand succès.
Son souci de l'environnement l'a par ailleurs amené à investir dans CO2 Environnement, une jeune compagnie dont la mission consiste à aider les entreprises québécoises à compenser leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) par la plantation d'arbres. Le reboisement de sites dégradés et la restauration de forêts permettent aux entreprises participantes d'acquérir des crédits de carbone, une première du genre au Canada. Suivant cette initiative, ce sont plus de 375 000 arbres de diverses essences qui ont été plantés cette année sur plus de 125 hectares de terrain, ce qui a non seulement contribué à la restauration des forêts, mais a également sensibilisé bon nombre d’entreprises à l’impact de leur empreinte sur l’environnement.
Faire les choses autrement...
Que ce soit à titre de commerçant, de promoteur de terrains, de constructeur de condominiums, de manufacturier ou de concepteur dans le domaine du divertissement, Luc Poirier a à cœur de faire les choses autrement. Là réside selon lui le secret de son succès.
Si tout semble facile pour Luc Poirier, sachez que ce ne fut jamais véritablement le cas. Ses proches savent qu'il a travaillé très fort et sans relâche pour réussir. Toute sa vie, il a dû faire face à l'incrédulité des autres. Les « ça ne fonctionnera pas... », « t'es pas capable » et autres remarques désobligeantes sont devenus pour lui un facteur de stimulation terriblement efficace. Les sceptiques ont tous été confondus. Parlez-en à ses compagnons de cordée qui l'ont accompagné lors de l'ascension de l'Everest alors qu'il n'avait jamais fait d'alpinisme...
Indépendant de fortune, le « millionnaire d'Occupation Double » a toujours la tête pleine de projets, tous plus ambitieux les uns que les autres. Par exemple, il projette de construire la plus haute tour du Québec et prendra part, en 2012, à la hutième édition de la course transatlantique Québec–Saint-Malo à bord d'un voilier qu'il a contribué à construire. Petit détail : il n'a jamais mis les pieds sur un voilier de sa vie... Ni dans une navette spatiale d'ailleurs, ce qui ne l'empêchera pas de faire un voyage dans l'espace, activité prévue à son agenda d'ici les deux prochaines années.
S'arrêtera-t-il un jour ? Il ne le sait pas. Pour l'instant, il projette d'explorer encore de nouveaux horizons, fidèle à son ambition de jeunesse : aller toujours plus haut, toujours plus loin...