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DOSSIER: L’argent est vert

Au moment où j’écris ces lignes, la plate-forme pétrolière de Beyond
Petroleum continue de cracher son venin noir sur la Louisiane. « Nous ne
méritions pas une telle tragédie », se plaignait la direction de BP au
lendemain du terrible accident du golfe du Mexique. Bien sûr, sous
l’impulsion de Lord Browne qui l’a dirigée jusqu’en 2007, la compagnie
pétrolière britannique fut une des premières adeptes de l’IRS,
l’Investissement socialement responsable basé sur des critères sociaux,
environnementaux et éthiques serrés.
Mais oui, soyons clair, BP méritait ce désastre. Pourquoi ? Parce que BP,
bien qu’elle ait eu envie – et presque eu droit – de se draper dans une
forme de vertu écologique, n’en demeure pas moins un archétype du
capitalisme sauvage, de celui qui oublie les besoins, même économiques, des
populations au nom des lois du commerce. Déjà, une raffinerie texane de
Beyond Petroleum avait connu des accidents dramatiques en 2005 et 2008. Et
BP aurait ignoré une fuite de gaz dans ses installations du golfe du Mexique
peu avant l’immense tragédie du 22 avril dernier. Conscience
environnementale ?
Le golfe du Mexique satisfaisait un quart de la consommation pétrolière
américaine. L’industrie de la pêche louisianaise rapportait deux milliards
par an. Le terrible accident du golfe du Mexique aura détruit
l’environnement comme aucune tragédie contre nature jusqu’à maintenant. Il
aura englouti des écosystèmes et plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Et les coûts humains sont astronomiques. Tout ce que visait BP, à coup de
milliards de dollars, était de creuser sous la mer pour en faire jaillir
l’or noir, synonyme de richesse… publique. Non, synonyme plutôt de richesse
privée au détriment de l’ordre naturel établi. Et à des coûts astronomiques
financiers. Et humains.
Les grands patrons, et les plus petits, ne peuvent plus assaillir la raison
et la nature. Ils doivent imposer une déclinaison financière et spéculative
juste et préparée de longue haleine de la protection de l’environnement et
du développement durable, une perspective basée sur l’économie verte, la
seule qui respecte la nature et l’homme et représente la SEULE façon viable
et immensément rentable financièrement de créer l’argent et d’en vivre
censément.
En 2008, Nicolas Sarkozy appelait le monde à « réintroduire dans l’économie
une éthique, des principes de justice, une responsabilité morale et sociale
» et environnementale, oserons-nous ajouter. En 2010 et pour longtemps,
l’argent, le gros argent, est vert.



































































































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